Very nice robot done by B. Boyer

Image

document1970-01-15-022929 copy

Advertisements

SPECTACLE – Les artistes en herbe de l’école Artpeggios

(source photo : site officiel Artpeggios)

Le programme est ambitieux : le 17 mai, de midi à 18 heures, les étudiants de l’école de musique et d’art Artpeggios ont montré      au public le résultat de plusieurs mois de pratique. C’est au Bhavan center, du côté de West Kensington, qu’avaient lieu les festivités. En coulisse le staff, planning en main, vérifie que tout se passe bien. Quant aux enfants, stars de la journée, ils ne semblent pas si stressés : certains écoutent les derniers conseils de leur professeur, tandis que d’autres accordent leur instrument derrière la scène.

Il serait réducteur de dire qu’il n’y avait que des enfants sur scène, puisque les élèves d’Artpeggios sont de tout âge : il ne fut d’ailleurs pas rare de voir des familles se produire ensemble. De plus, les professeurs ont eux aussi fait part de leurs capacités respectives, parfois sous forme de duo, ou de groupe. Néanmoins, c’est sur les futurs talents de demain que notre article se penche aujourd’hui.

La culture au coeur d’études sur la jeunesse

Tout au long de la journée se succèderont guitaristes, pianistes, magiciens, chanteurs, acteurs, pros du yukulélé, violonistes, alors que les oeuvres des élèves de dessin et d’art sont affichés dans le hall. Ce large choix de cours, mais aussi la diversité des styles musicaux des étudiants, est ce qui fait aujourd’hui la force d’Artpeggios, à une époque où l’on questionne beaucoup la part de la culture dans le système scolaire. Comme nous le disait lors d’une précédente rencontre Jacques Nazaire, le co-fondateur de l’école, qui revêt pour l’occasion la casquette d’animateur de l’événement, le système scolaire anglais donne beaucoup plus de moyens aux étudiants de développer leur côté culturel, avec plus d’infrastructures, et un budget adéquat. En France, cela se résume malheureusement trop souvent à l’apprentissage de la flute à bec.

Et pourtant, la culture joue un rôle majeur dans nos sociétés. Ernest Leroy Boyer était un Commissaire chargé de l’Education, rattaché au gouvernement américain. Il estime que “la qualité de la civilisation peut être mesurée à travers sa musique, ses danses, son théâtre, son architecture, ses arts visuels et sa littérature. Nous devons donner à nos enfants la connaissance et la compréhension des travaux les plus remarquables de la civilisation”. Quant à son impact sur l’évolution de l’enfant, de nombreuses études ont tenté de prouver (ou réfuter) une telle idée. Nicole Malenfant, musicienne, diplômée de pédagogie est auteur de L’éveil du bébé aux sons et à la musique. Selon elle, “la musique n’a que des effets positifs sur le développement de l’enfant. Les recherches vont souvent dans le même sens : des programmes de musique à l’école ou des écoles spécialisées amènent les enfants à mieux perforer dans les autres matières. L’enfant apprend à écouter son jeu, à coordonner ses mouvements, à développer sa mémoire, à affiner sa sensibilité, à s’extérioriser. Il en retire satisfaction et fierté, et augmente, par le fait même, son estime de soi“.

Et nos artistes en herbe, ils en pensent quoi ?

Nous avons cherché à interroger des enfants, au détour des leur performance. Marco a dix ans, et aujourd’hui, il joue au piano une chanson qu’il a lui même inventé. “J’ai joué quelque chose et ça m’a plu“, explique t-il à notre micro. Il aime la musique, tout comme Sonora, 13 ans, qui a déjà un CV à faire pâlir d’envie certains : en plus de la guitare, qu’elle a actuellement à ses côtés, elle étudie le chant et la magie à Artpeggios. “J’adore jouer : je joue tout le temps de la guitare, je chante tout le temps, j’écris même mes chansons. Si je peux en faire mon métier, ce serait bien”, raconte t-elle, en précisant bien qu’elle n’en néglige pas pour autant son cursus scolaire.

Camille elle, du haut de ses 11 ans, nous a livré une version très impressionnante d’Over the Rainbow, célèbre titre de The Wizard of Oz“J’ai envie d’être chanteuse et actrice plus tard”, nous dit-elle très sereinement. “Je trouve que la musique m’aide à “express myself”, comme on dit en anglais. Ca fait partie de moi“. Elle espère ainsi pouvoir continuer des études musicales, pour réaliser son rêve.

Nul doute que les enfants sont sortis de scène avec le sourire alors qu’il s’agissait, pour certain, d’une première performance en face d’un public. En attendant, les cours continuent à Artpeggios : en pratiquant, on prépare déjà le spectacle de l’année prochaine.

Cindy Jaury (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 30 mai 2014

ARTPEGGIOS-L’apprentissage musical et artistique au coin d’Earls Court

 En octobre 2012, l’école de musique bilingue Artpeggios ouvrait ses portes au coeur d’Earl’s Court, à deux pas du quartier français. Un an et demi plus tard, le bilan est plus que satisfaisant. Entretien avec Jacques Nazaire, son co-fondateur.

(crédit photo: site internet de Jacques Nazaire)

Premier contact

Il n’est pas rare de mettre un peu de temps à trouver ses repères lorsqu’on arrive dans une ville de la taille de Londres. Ce fut mon cas. Je cherchais une école de musique, ou un conservatoire, comme on l’appelle souvent dans l’Hexagone. Mais le système anglais semblait bien différent, et quelque peu plus complexe, que celui auquel nous sommes habitués en France. Néanmoins, étant donné l’importance et le dynamisme de la communauté française dans la capitale, l’existence d’une école de musique bilingue semblait être une évidence. C’est là que Jacques Nazaire et Guillaume Bonpun entrent en scène.

Nous avons donc rendez vous à la sortie du métro Earl’s Court, où se trouve depuis près d’un an et demi Artpeggios, depuis l’ouverture en octobre 2012. Dès l’accueil, nos oreilles s’habituent vite au passage du français à l’anglais, et l’on comprend pourquoi l’école se réclame bilingue. A première vue, il semble y avoir peu de place pour le nombre d’élèves qui défilent. Et pourtant, aux étages supérieurs, on remarque rapidement que le matériel investi est conséquent, permettant ainsi à l’élève d’avoir toutes les cartes en mains pour développer sa créativité : studio d’enregistrement, table de mixage et matériel de dessin, pour n’en citer qu’une infime partie.

   

(source photo: site internet Artpeggios)

L’histoire d’Artpeggios

“Au départ, cela faisait un peu plus de 10 ans que je donnais des cours de guitare à la communauté française. Guillaume, à qui je donnais des cours de basse, un jour m’a proposé d’ouvrir une école. J’ai de suite dit oui”. Jacques Nazaire est le co-fondateur d’Artpeggios. Guitariste talentueux, peintre méritant et travailleur acharné, il dit lui même “avoir passé 10 heures par jour sur sa guitare“. De Paris à Bangkok, en passant par New-York, il pose ensuite ses valises à Londres, où il est diplômé d’un BMus et un MMus à Goldsmith University. Avant de démarrer l’aventure Artpeggios. “J’ai un peu mis toutes mes expériences artistiques pour faire cette école. Il y a de la musique, de l’art, du théâtre”, mais aussi certaines approches plus originales, comme l’apprentissage du manga.

Ce qui ressort de cet entretien, c’est l’envie assumée de se démarquer de l’image des conservatoires français, jusqu’à y préférer le terme “école de musique et d’art”“Le terme conservatoire ressemble à conservateur, il y a un côté assez pompeux”. Une idée qui se cristallise notamment dans la différence entre les systèmes anglais et français. “En France, si l’on souhaite avoir une éducation musicale, on est plus ou moins obligé de passer par un conservatoire, à moins d’être autodidacte. C’est un système dur, à mon avis trop conservateur”. En Angleterre au contraire, l’apprentissage de la musique et des arts serait bien plus important dans le système scolaire, au point que certaines écoles aient des ressources très importantes, bien plus importantes “que le lycée français de Londres”, par exemple. “Ce que j’ai voulu qu’on fasse, c’est donner l’accès à n’importe qui à des moyens professionnels, afin d’apprendre dans les meilleures conditions possibles”.

   

(source photo:  Sonia Dyens-Fitoussi)

Une ambition différente 

Pour cela, il s’entoure notamment d’une équipe aux profils variés, mais avec comme point commun “l’envie de transmettre”“Le contact humain est ce qui reste prédominant”, même avec l’avènement d’internet et la possibilité d’apprendre la musique par soi même. Par cet aspect, Artpeggios s’éloigne toujours plus du système français, assez rigoureux, et qui connait un fort taux d’abandon, notamment à cause des successions d’examens et de la mise en avant du solfège au détriment de l’instrument. “Il suffit d’avoir envie, et d’être curieux. Il faut se laisser emporter vers une façon d’apprendre qui n’est peut être pas classique, mais qui peut nous emmener loin, en s’amusant. Car c’est l’essentiel : apporter de la joie”, raconte Jacques Nazaire, le sourire aux lèvres.

Un an et demi après son ouverture, Artpeggios semble donc atteindre l’objectif que ses fondateurs s’étaient fixés. Que peut-on alors leur souhaiter pour la suite ? “Le palier suivant serait d’ouvrir une autre partie de l’école, dans un autre quartier de Londres“, avoue t-il.“La communauté française s’éparpille, il y a donc plein d’endroits où l’on peut aller. On étudie cette possibilité”. En attendant, Artpeggios attend de pied ferme n’importe quel amoureux de la musique et de l’art. Il n’y a plus qu’à vous lancer.

Cindy Jaury (www.lepetitjournal.com/londres) jeudi 27 mars 2014